Sujet de toutes les attentions depuis presque deux ans, les données géographiques ont toujours été à la base de beaucoup d’applications dans différents domaines tel que l’Internet ou la navigation. Achat des deux principaux fournisseurs de données, multiplication des applications et des outils, explosion de l’UGC, de nombreuses annonces ont ponctué les années 2007 et 2008. Pour faire face à une demande exponentielle des services, tous les moyens sont bons pour enrichir l’information géographique.
Petite analyse sur une nouvelle ruée vers l’or.
Les données au cœur des produits
Les sources de données géographiques se sont extrêmement diversifiées ces dernières années. Pour n’en citer que quelques-unes :
-
Imagerie aérienne et satellite. Sur ce terrain, ce sont les gros acteurs comme Google et Microsoft qui se livrent une guerre sans merci. Avec l’achat d’une licence exclusive du satellite GeoEye 1 par Google et l’acquisition de sociétés spécialisées par Microsoft, de nombreux investissements sont faits des deux côtés pour proposer une couverture mondiale à haute résolution.
-
Photos des rues. Impossible de passer à côté du fameux Google StreetView. Quelques services existent sur le même créneau comme les photos de façade sur Mappy ou Mapjack aux Etats-Unis mais Google StreetView se montre le plus complet. Il offre une vue en 360° des rues de certaines villes et couplé à l’itinéraire, Google offre aux utilisateurs le moyen d’effectuer virtuellement leurs déplacements.
- Couverture croissante du monde par les fournisseurs de données routières soutenu par le marché de la navigation : Moyen-Orient, Afrique du Sud, etc.
-
Info-trafic : enrichissement des données d’info-trafic dites « classiques » avec des bases de données de vitesse réelles enregistrées sur le terrain.
-
Disponibilité de données 3D des reliefs et des bâtiments sur les villes majeures en essayant de reproduire au maximum le monde réel avec Microsoft Virtual Earth et Google Earth.
Proposer une telle richesse de données nécessite un investissement très lourd (La campagne StreetView aurait couté 500 Millions d’euros selon le blog Zorgloob). Entretenir et améliorer cette information va coûter encore plus cher. Il faut donc trouver d’autres moyens d’acquisition et de mises à jour des données géographiques pour optimiser les couts.
Fédérer les sources de données
Cette course à la donnée est plébiscitée par le grand public. Chacun veut posséder les informations les plus à jour et les plus riches dans son browser web, son gps ou son mobile. Une des meilleures solutions pour y parvenir est de mettre ses utilisateurs à contribution. La donnée géographique a une forte dimension locale : qui mieux que vous sait ce qui se passe dans son quartier ou sur vos trajets de tous les jours ?
Pour cela, plusieurs outils et alliances voient le jour :
-
Fournisseur de données. OpenStreetMap est l’un des premiers à ouvrir la voie. Créée en 2004, OSM se propose sur le modèle de Wikipédia de réaliser un réseau des voies mondial libre d’utilisation et de modification (Licence CC-BY-SA 2.0). Des campagnes de couvertures sont régulièrement organisées et chacun peut contribuer à l’amélioration du réseau sur le site officiel (il existe aussi OpenAerialMap, basé sur le même concept mais pour les photos aériennes). En 2006 et 2007, TeleAtlas et Navteq mettent respectivement en place sur le web « Map Insight » et « Map Reporter » permettant au grand public de mettre à jour leur réseau des voies.
-
GPS/logiciels de navigation : en 2007, TomTom lance MapShare pour permettre à ses utilisateurs de partager et de bénéficier des mises à jour de données effectuées par la communauté TomTom. La tendance va vers la mise à jour en temps réel avec des produits connectés. L’avenir appartiendra à la navigation sur mobile et aux GPS connectés et embarqués directement dans les véhicules.
-
Les plateformes cartographiques : les plus gros acteurs (Google et Microsoft) proposent de nombreux outils pour enrichir au maximum leur plateforme. Ils se tournent :
-
vers le grand public : en juillet 2008, Google lance Google Map Maker pour permettre au grand public de construire le réseau des voies des pays peu ou non couverts par les fournisseurs standards. Cet outil vient compléter la gamme déjà composée de Panoramio pour les photos et de Sketch-up pour les données 3D et de l’édition des POIs sur Google Maps, etc. De son côté Microsoft n’est pas en reste et propose par exemple TrueSpace pour modéliser des objets 3D ou PhotoSynth pour construire des univers 3D grâce à vos photos. Tous ces produits complètent les outils de diffusion de l’information disponible sur les plateformes (import de flux GeoRSS, KML, collections, etc.)
-
vers des organismes : Google propose Google Transit propose aux transports en commun de diffuser leurs données. Côté Microsoft, le programme GoVE permet aux organismes privés ou d’Etats d’améliorer l’imagerie satellite ou aérienne de Virtual Earth.
-
La prise de conscience que les données géographiques deviennent une valeur clé pour les évolutions futures se renforce. Les enjeux économiques de tels projets sont colossaux et c’est toute l’industrie qui doit se réorganiser pour y faire face.
Et Hop, un petit schéma
Pour mieux modéliser les relations et les enjeux entre UGC, services et fournisseurs de données, vous trouverez ci-dessous un schéma représentant les différentes relations. Ce schéma n’est pas exhaustif mais représente les plus gros mouvements que nous avons connu ces derniers temps.
Verticalisation de l’industrie
L’ouverture des APIs cartographiques, le débarquement des gros acteurs (type Google ou Microsoft) dans le domaine des LBS (Location Based Services), l’explosion des ventes de GPS et la montée des applications géolocalisées sur mobiles ont modifié (et affecteront encore) l’écosystème de l’industrie des plateformes cartographiques. TomTom et Nokia prennent respectivement possession de TeleAtlas et Navteq (les annonces officielles ont été faites mi-2008) . La verticalisation de leurs services va engendrer une ouverture et une course vers l’innovation. Face à ces rachats, l’influence et la légitimité d’OpenStreetMap s’agrandissent et OSM s’impose comme une sérieuse alternative. Côté alliance, Garmin signent un contrat de 6 ans avec Navteq en s’engageant à améliorer les données géographiques et Google signe un contrat de 5 ans avec TeleAtlas qui bénéficiera des remontées utilisateurs de Google. Après ces grandes manœuvres, nous devrions découvrir les résultats dans les prochains mois (et surement d’autres mouvements). Affaire à suivre !
Vous pouvez retrouver cet article dans la revue Géomatique Expert (format pdf disponible ici)



6 commentaires
1 Luc Vaillancourt // 27 janvier 2009 à 14:36
Comme je l’ai souligné sur BALIZ-MEDIA.com, ce billet représente une excellente synthèse de la situation.
L’annonce d’hier entre NAVTEQ et Microsoft montre bien que le camp Google / Tele Atlas est solide…
http://media.baliz-geospatial.com/fr/blogue/navteq-signe-microsoft-pour-plusieurs-autres-annees-et-les-camps-se-confirment
Merci pour l’info.
2 Pierre-Antoine Durgeat // 27 janvier 2009 à 17:31
Bravo pour ce billet très clair sur l’état du marché. Bien d’autres concentrations sont en perspective au vu de la situation !
3 Audrey // 29 janvier 2009 à 0:26
@Luc : j’ai mis à jour le schéma avec les partenariats Navteq/Microsoft, Microsoft/DigitalGlobe et Google/DigitalGlobe.
Merci à toi et à Christophe pour vos retours.
Le schéma mérite d’être enrichi dans le temps pour permettre une vision plus fine. Si vous avez des infos, n’hésitez pas!
4 Mike Bounouar // 11 février 2009 à 21:20
C,est une bonne synthèse. Depuis queques années, la géomatique et l’ingéneering semblent cohabiter de plus en plus. Dans le donnaine routier, les gestionaires ne se contentent plus des shémas ou graphique, mais une vision plus globale avec des images de haute résolution, orthophotos etc…
On constate que les organisations gouvervementales commencent à intéger des modules en géomatique pour assurer la logistique aux département de génie. C,est juste un début
5 Pierre Jorcin // 23 mars 2009 à 4:08
Bonjour Audrey,
Excellente vision des relations entre les acteurs de l’industrie geospatiale.
Je vous suggere d’ajouter Multimap a la liste des acteurs. Avec l’acquisition de Multimap par Microsoft, la gamme des services offerts par Microsoft s’elargit, et donne notamment acces aux donnees de TeleAtlas, l’un des fournisseurs de donnees de Multimap, en plus d’autres fournisseurs locaux, par region et pays.
Pour reference :
http://news.softpedia.com/news/Microsoft-Buys-Update-for-Virtual-Earth-73688.shtml
6 Audrey // 29 mars 2009 à 11:59
@Pierre : merci beaucoup pour vos encouragements et votre commentaire. Pour conserver sa lisibilité au schéma, j’ai préféré ne pas indiquer tous les acteurs LBS. Multimap fait partie integrante de l’offre de Microsoft comme Map24 fait partie de l’offre Navteq.
Laissez un commentaire!